Le CIVA (Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace) est un organisme crée en 1963 par l’interprofession viticole alsacienne.
Ses missions actuelles vont du conseil (économique, technique, pratique) à la gestion des relations entre différents partenaires intervenant dans le monde du vin (producteurs et acheteurs notamment) sans oublier des actions d’information vers les consommateurs pour défendre l’image du vin d’Alsace.
Face à l’influence grandissante de la communication via Internet, le CIVA a récemment pris conscience du rôle des intervenants locaux de la blogosphère : défenseurs passionnés et (le plus souvent) désintéressés du vignoble alsacien ces amateurs contribuent à faire connaître et reconnaître la grandeur des vins de leur région.
Pour établir un premier contact direct avec ces blogueurs viniques « alsacophiles » le CIVA a organisé pour eux une grande dégustation d’échantillons de vins d’Alsace, qui s’est déroulée le 2 juillet à la Maison des Vins de Colmar.

Dans la grande salle de dégustation de la Maison des Vins nous sommes accueillis par Aurélia et Foulques, qui ont préparé cette séance et qui nous accompagneront durant toute la dégustation.

DSC_0424La salle de dégustation et M. StéphaneW qui consulte le programme des réjouissances

La série se compose de 100 bouteilles que les organisateurs ont classées par cépage et par millésime.
Les vins sont dégustés 3 par 3, étiquettes découvertes.

DSC_0425Derniers conseils de Foulques Aulgnon, responsable Export du CIVA.

DSC_0431Les Spiegelau sont prêts…1, 2, 3 c’est parti !

Grâce à un document fourni par nos hôtes, j’ai pu prendre quelques notes succinctes sur tous les vins dégustés mais pour éviter une série de commentaires trop longue et surement un peu ennuyeuse, j’ai choisi de vous présenter ci-après une sélection (subjective comme d’habitude !) de cuvées qui m’ont particulièrement marqué.

Dans la première série comportant 14 pinots noirs je relèverai 4 vins par ordre de préférence :

Cuvée du Chat Noir 2011Domaine Hering à Barr : une aromatique sur la cerise mûre et de fines notes d’élevage, ample, charnu et équilibre en bouche.
Les Terres Rouges 2009 – Domaine Boeckel à Mittelbergheim : des notes de fruits rouges et un boisé élégant au nez, soyeux, rond et longuement aromatique en finale
Rubis 2011 – Domaine P. H. Ginglinger à Eguisheim : nez de fruits rouges, de caramel et de vanille (un peu coca cola), toucher de bouche très agréable encore un peu marqué par son élevage en finale.
Cuvée du Soleil 2009 – Domaine Beck-Hartweg à Dambach : olfaction discrète mais complexe sur l’orange sanguine et les fleurs, ample et soyeux en bouche mais un peu court en finale.

DSC_0426Les pinots noirs

Dans une série de bouteilles de bon niveau issues de deux millésimes chauds (sauf une bouteille de 2010), ces 4 cuvées de pinot noir se distinguent par un supplément de complexité dans leur expression aromatique et par une belle qualité d’élevage qui donne beaucoup d’élégance et de classe à leur présence en bouche.


La seconde série consacrée aux crémants a été introduite par 3 cuvées issues d’assemblages.
Les vins effervescents ne m’ont pas laissé de souvenir impérissable mais la triplette de blancs tranquilles s’est montrée bien plus intéressante :

Harmonie R 2009 – Domaine M. Schoech à Ammerschwihr : avec son aromatique complexe te racée et sa matière ample et délicatement tannique cet assemblage qui provient du Rangen est avant tout un grand vin de terroir.
Crus Hors Ligne Pierre Rouge (NM) – Domaine Bernhard-Reibel à Châtenois : nez très expressif avec un fruité exubérant sur l’abricot bien mûr, gourmand, généreux (36,9 g de SR) mais tenu par une belle acidité.
Fleur d’Alsace 2012 – Domaine Zeyssloff à Gertwiller : palette classique mais très agréable sur les fruits blancs et la paille, souple et glissant en bouche

S’il fallait néanmoins mettre en avant un crémant dans cette série, j’opterai pour la Cuvée Julien dudomaine Dopff au Moulin à Riquewihr : nez flatteur sur l’ananas frais, une mousse fine et crémeuse et une finale franche et légère.

DSC_0428Les 3 cuvées d’assemblage et les crémants.

Même si j’apprécie de plus en plus les crémants d’Alsace, j’avoue avoir assez mal goûté les quelques bouteilles ouvertes cet après-midi : ils semblaient conçus pour être simples et faciles d’accès (consensuels et vendeurs… ?) mais manquaient cruellement de fond et de finesse.
La bonne surprise est venue des 3 cuvées d’assemblage, certes un peu décalées mais diablement bien conçues, elles affirmaient des personnalités hautes en couleur que j’ai trouvées fort à mon goût.


La troisième série proposait 8 sylvaners et 6 pinots blancs : parmi ces vins simples, classiques et assez légers qui ont montré une qualité honnête et assez homogène (à part une cuvée qui me semblait déviante par excès de volatile), je citerai 2 sylvaners qui m’ont semblé au dessus du lot :

Grand Cru Zotzenberg 2011 – Domaine Gilg à Mittelbergheim : fin et mûr au nez, large, riche et salin en bouche avec une longue persistance aromatique.
Vieilles Vignes 2010 – Domaine Schwartz à Itterswiller : palette élégante et assez complexe, léger mais très suave en bouche.

DSC_0429Les sylvaners.

Composée de cuvées qu’on trouve en général en début de liste sur les tarifs des domaines, cette série comporte surement quelques très bons rapports Q/P mais mon choix s’est porté avec une grand évidence sur le Grand Cu de Mittelbergheim présenté par Gilg qui a dominé tous les autres par densité et son expression minérale. Mon second choix, plus classique met en avant un sylvaner traditionnel facile, séduisant et léger…simplement très bon !


La très longue quatrième série exclusivement dédiée au riesling (49 bouteilles) a révélé un très beau niveau qualitatif général. Pour en oublier le moins possible j’ai choisi de mettre en avant 9 bouteilles qui m’ont vraiment séduit :

Grand Cru Schlossberg-Cuvée Sainte Catherine 2011 – Domaine Weinbach-Faller à Kaysersberg : fruité puissant et complexe avec une pointe terpénique, charnu, opulent, concentré parfaitement équilibré en bouche.

DSC_0433 - Copie (2)
Grand Cru Rangen – Clos Saint Théobald 2011 – Domaine Schoffit à Colmar : moins « spectaculaire » que le précédent au niveau aromatique mais d’une puissance superlative avec une matière pleine de fougue, finement tannique et déjà marquée par une force minérale impressionnante.

DSC_0434 - Copie

Clos Liebenberg 2011 – Domaine V. Zusslin à Orschwihr : nez expressif et mûr sur les fruits blancs avec quelques notes pierreuses, matière généreuse et acidité très enveloppante en bouche.

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Grand Cru Kaefferkopf 2011 – Domaine Schoech à Ammerschwihr : vif et tonique, délicatement citronné avec une matière puissante, concentrée et une finale longue et sapide grâce à une belle présence minérale.

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Bihl 2011 – Domaine Rieflé à Pfaffenheim : fin et élégant avec une palette sur le citron mûr et les fleurs, chair gourmande et vivacité en bouche, finale bien salivante.

DSC_0433 - Copie
Grand Cru Vorbourg – Clos Saint Landelin 2011 – Domaine Muré à Rouffach : discret mais sous tendu par une minéralité très pure qui se manifestera avec plus de vitalité en bouche, matière concentrée et équilibrée, finale longue et saline.

DSC_0432 - Copie (2)


Grand Cru Pfersigberg 2011 – Domaine P. Ginglinger à Eguisheim : discret au nez, matière élégante et fuselée en bouche malgré une belle richesse, finale longue, saline…un vin très appétant.

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Trois Châteaux 2011 – Domaine Kuentz-Bas à Husseren : peu expressif au nez mais vineux et minéral en bouche avec une finale dense et très saline.

DSC_0432 - Copie


Grand Cru Goldert 2009 – Domaine Scherb et fils à Gueberschwihr : cuvée plus évoluée mais montrant encore une très belle énergie, riesling puissant équilibré par une solide trame minérale.

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Bon, je sais que je vais encore passer pour un riesling-addict mais avec cette longue série on a vraiment senti qu’on pénétrait dans un autre univers vinique : à quelques rares exceptions près toutes les cuvées dégustées ont révélé des expressions plus riches, plus complexes, plus abouties…confirmant ce que beaucoup d’entre vous savent déjà : le riesling est bien le roi de l’Alsace.
Bien évidemment, je serai bien mal placé pour dénigrer la qualité des vins issus des autres cépages – j’aime trop me faire plaisir avec la simplicité gourmande de nos muscats, sylvaners ou pinots blancs – mais  force est de reconnaître qu’en Alsace, un riesling bien né atteint des sommets qualitatifs inatteignables pour les autres cépages.
Parmi ces 9 vins que j’ai retenus et que j’encaverai sans hésiter si j’avais un peu plus de place dans ma cave, les deux premiers sont vraiment hors normes :
- le Schlossberg avec son aromatique franche et puissante et sa texture généreuse et glissante est déjà proche de la perfection malgré sa jeunesse…une sorte de génie précoce !
- le Rangen, plein de secrets et de mystères , possède une force phénoménale qui le fera rayonner à coup sûr dans quelques années…un potentiel de grand champion !


Pour terminer cette dégustation, les organisateurs nous avaient réservé une sélection de vins plus riches et plus aromatiques avec 2 muscats, 8 pinots gris et 1 Klevener de Heiligenstein, mais dans cette ultime série aucune cuvée ne m’a semblé sortir du lot…la fatigue peut-être !


Pour conclure :

- J’ai pris l’habitude de relater mes rencontres viniques sur la toile parce que cette pratique me permet de revivre virtuellement quelques moments intenses passés en compagnie de vignerons ou d’amateurs de vins.
Je suis toujours étonné (et un peu flatté aussi…) de constater que quelques internautes de passage sur mon espace lisent et apprécient mon travail et je dois reconnaître que cette invitation au CIVA avec d’autres blogueurs locaux m’a particulièrement touché…merci à tous ceux qui ont initié et organisé cette rencontre.

DSC_0427Monsieur "riesling" au travail...

- L’exercice proposé consistait en un petit « marathon » des papilles avec la dégustation de 100 flacons. L’expérience fut intéressante mais j’avoue avoir un peu souffert de la longueur de cette série : décidément, le métier de dégustateur qui fait fantasmer tant d’amateurs de vins ne doit pas être marrant tous les jours…PFFF !

- Malgré une répartition sur un large spectre qualitatif, il faut quand même signaler le bon niveau général de ces échantillons : si on excepte 3 vins liégeux et 3 vins vraiment ratés, on a quand même goûté 94 % de vins au minimum « corrects »…Rassurant !
Comme je l’ai déjà dit plus haut, les rieslings ont survolé les débats avec quelques « bombinettes » absolues…auxquelles seuls peut-être quelques gewurztraminers auraient pu donner la réplique.
Mais ça, c’est pour une autre fois…peut-être !

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Photo de groupe pour finir.