Après une séquence d’échauffement réussie du mois passé, c’est à un groupe motivé et en pleine forme que nous proposons un exercice de souplesse extrêmement exigeant : le grand écart entre des vins du soleil nés au pied du mont Canigou et des blancs venus d’une région allemande située encore plus au nord et plus à l’est que notre Alsace adorée.
En route pour une diagonale de folie avec :

1. Un retour en Franconie
2. Une petite escapade en Roussillon

Les bouteilles pour la première série ont été collectées par François, notre spécialiste de crus allemands qui ne rate jamais une occasion de mettre à mal notre chauvinisme en nous bluffant avec des vins blancs venus d’ailleurs…
La série de vins du Roussillon a été constituée à l’occasion de ma visite Calce et à Espira de l’Agly, seconde étape de mon périple sudiste du printemps 2013.

Les vins blancs de Franconie ont été débouchés – dévissés pour la plupart d’ailleurs – juste avant la dégustation. Les deux blancs du Roussillon ont été débouchés le matin et rebouchés jusqu’au soir.
Les rouges du Roussillon ont été débouchés le matin et laissés debout en cave bouteille ouverte.
Les bouteilles de Franconie sont servies 2 par 2, étiquette cachée.
Les bouteilles du Roussillon sont servies 2 par 2, étiquette visible.

Verres Riedel « Ouverture »

Soirée Club AOC du 4 octobre 2013 à La Wantzenau

 

Thème 1 : la Franconie comme alternative aux vins d’Alsace…et pourquoi pas !

Weisser Burgunder Homburger Kallmuth Kabinett Trocken 2012 – Weingut M. Huller à Triefenstein-Homburg : le nez légèrement amylique à l’ouverture développe rapidement une palette florale discrète mais très agréable, la bouche est joliment balancée, souple et désaltérante…en un mot ça glisse tout seul !
Vorspiel Cuvée Weiss 2012 – Weingut Martin à Homburg : le nez est explosif avec des notes de pêche sur un fond très muscaté, la bouche est riche avec un moelleux sensible et une finale délicatement acidulée.
Le pinot blanc du domaine Huller est un vin de joie et de gourmandise qui se boit avec une facilité déconcertante alors que la cuvée d’assemblage (Rivaner + Kerner + Rieslaner) du domaine Martin éton ne par son expressivité et sa présence énergique en bouche…bref , deux très beaux vins faciles, charmeurs et bigrement bien vinifiés avec un rapport Q/P très intéressant (autour de 7 euros la quille).
Voilà un début de série qui promet…

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Silvaner Würzburger Stein 2012 – Weingut Juliusspital à Würzburg : le nez est frais et guilleret développe de belles notes d’ananas frais, la bouche est vive et tonique avec une petite pointe de CO2 très agréable, la finale est salivante et délicatement citronnée.

 

 

startpageLe Juliusspital de Würzburg

Silvaner Alte Reben Kabinett Trocken 2011 – Weingut Zehnthof à Sulzfeld : le nez est assez complexe avec une palette sur le pain grillé, les fruits blancs mûrs et une petite touche fumée, la bouche déploie une matière grasse et charnue mais bien structurée, la finale longue et épicée est un peu trop riche à mon goût.
Ce binôme de Silvaners nous montre deux interprétations bien différentes de ce cépage : la cuvée des Hospices est racée et tendue et celle du domaine Zehnthof épanouie et exubérante. Même si j’ai une petite préférence pour le Würzburger Stein ces deux versions du sylvaner (les allemands ne s’embêtent pas avec des « Y »…), sont absolument magnifiques. MIAM !!!

 

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Riesling Casteller Hohnart 2011 – Castell’sches Domäneamt à Castell : le nez est fin et pointu avec de belles notes d’agrumes et de poudre de craie, élancée et élégante à l’attaque la matière nous offre une montée en puissance en bouche, la finale est droite et profondément saline.
Pour ceux qui pensent encore que les alsaciens sont les seuls à savoir vinifier ce cépage, ce premier riesling de la série met une claque définitive à cette idée reçue : un vin pur, dense et minéral…Superbe !

 

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Riesling Randesackerer Pfülben Spätlese Trocken 2010 – Weingut Juliusspital à Würzburg : le nez est riche et gourmand sur les fruits jaunes mûrs et le sucre d’orge, en bouche le vin surprend par son attaque cinglante, marquée par une acidité incisive, avant de poser une matière assez généreuse, la finale est nette et fraîche.
Riesling Randesackerer Pfülben Kabinett 2008 – Weingut Schmitts à Randesacker : le nez s’ouvre sur un registre terpénique avant de développer de superbes arômes fleurs printanières sur un fond très pur (un peu « eau de roche »), la bouche est ample et tendue par une acidité très noble.
La série se poursuit avec deux superbes rieslings. Le 2010 exprime à la fois le millésime (par son acidité) et la vendange très mûre mais manque encore un peu de cohérence…un vin très prometteur !
Le 2008 déjà bien mieux en place est simplement grand…voilà une cuvée qui tiendrait la dragée haute à l’élite alsacienne !

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randerAu bord du Main, Randersacker et son vignoble

Rieslaner Würzburger Stein Spätlese 2007 – Weingut Burgerspital à Würzburg : le nez est discret sur un registre exotique bien mûr, la bouche est assez volumineuse et ronde avec une très belle balance richesse/acidité.
Issu de l’hybridation de riesling et de sylvaner, le rieslaner et un cépage largement répandu en Franconie. Cette cuvée qui propose une expression moelleuse de ce cépage nous régale par sa belle buvabilité : légère (10° seulement), sapide et très gourmande.

 

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Pour conclure :

- Cette série très attendue a une nouvelle fois pleinement tenu ses promesses : les 8 vins blancs de Franconnie nous ont régalés par leur grande finesse aromatique et leur exceptionnelle buvabilité.
Ce vignoble qui s’est développé depuis le moyen-âge sous l’influence du clergé (Würtzburg était un archevêché puissant) couvre aujourd’hui une superficie d’environ 6000 hectares sur les bords du Main. C’est sur des sols de calcaire lacustre situés sur des coteaux pentus qu’on retrouve les meilleurs terroirs de Franconie…grâce à la sélection de notre ami François nous en avons dégusté quelques uns parmi les meilleurs…Danke schön !

- Le cépage le plus planté en Franconie est le Müller-Thurgau mais ce sont nos cépages alsaciens qui y engendrent les plus grands vins, notamment le sylvaner qui montre ici toute l’étendue de ses possibilités et le riesling, (presque) aussi à l’aise que sur nos collines alsaciennes…et c’est un vrai « alsacocentrique » qui vous le dit !

- Mon coup de cœur ira vers deux vins : le silvaner Würzburger Stein 2012 du Juliusspital, expression impeccable d’un cépage que je défend depuis toujours et le riesling Randersackerer Pfülben 2008 de Schmitts…GRAND, tout simplement !

 

Weingut-Juliusspital
Vignes près de Würzburg…ça me rappelle quelques chose !

 

Thème 2 : il y a des vins montagnards en Roussillon.

Les Calcinaires Côte du Roussillon Village 2011 – Domaine Gauby à Calce : le nez présente une palette « sauvage » avec des notes de réduction très tenaces et des arômes un peu animaux, la bouche s’exprime avec la même violence, chair anguleuse, tanins durs et serrés, finale tendue.
(50% syrah + 25% mourvèdre + 15% grenache + 10% carignan – élevage 10 mois en cuves pour 80% et en barriques pour 20%).
Roboul Côte du Roussillon Village 2011 - Domaine Danjou-Banessy à Espira de l'Agly : le nez s’ouvre su des notes un peu lactées avant de révéler une palette fruitée bien mûre (cerise confite, fraise), la bouche est concentrée mais très douce avec une texture soyeuse et une finale très longue.
(grenache + mourvèdre)

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Affirmant son caractère montagnard de façon très caricaturale la cuvée de Gauby a littéralement « choqué » l’assemblée…le fond de la bouteille regoûté le lendemain s’est révélé bien plus aimable avec une chair fruitée et une belle fraîcheur finale.
De son côté le vin des frères Danjou a fait bien meilleure impression : encore un peu marqué par son élevage mais flattant les papilles par sa matière riche et équilibrée.

Vieilles Vignes Côte du Roussillon Village 2011 – Domaine Gauby à Calce : comme sur les Calcinaires le nez s’ouvre sur de puissantes notes de réduction mais le fruité apparaît avec davantage de netteté, sans pour autant devenir flatteur, la bouche est très charnue avec un équilibre vif et des tannins serrés, la finale est longue et finement épicée-fumée.
(30% syrah + 10% mourvèdre + 25% grenache + 35% carignan – élevage 24 mois en barriques).
La Truffière Côte du Roussillon Village 2011 - Domaine Danjou-Banessy à Espira de l'Agly : le nez est intense et pénétrant sur les fruits rouges et noirs bien murs et les épices douces, la bouche révèle une matière sphérique très veloutée, les tanins sont présents mais déjà très soyeux, la longueur finale est impressionnante.
(grenache + carignan).

 

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Elevée plus longuement que les Calcinaires, la cuvée Vieilles Vignes de Gauby se montre un peu plus civilisée mais reste encore très difficile d’accès par son côté rustique et anguleux qui dérange de nombreux dégustateurs ce soir…là aussi il a fallu attendre le lendemain pour se faire réellement plaisir.
Issue d’une vendange entière La Truffière possède une trame tannique un peu plus rugueuse mais reste d’un abord tout à fait avenant, à l’image de Roboul mais avec un supplément de profondeur.
Un beau vin…bu trop jeune évidemment !

Les Calcinaires VDP des Côtes Catalanes 2011 - Domaine Gauby à Calce : le nez est agréable et très pur sur la poire fraîche et la craie humide, en bouche on sent une matière pleine d’énergie et de vitalité, la finale est équilibrée, très saline et longuement aromatique.
(50% muscat + 30% chardonnay + 20% maccabeu – élevage 8 mois en cuves).
La Truffière VDP des Côtes Catalanes 2011 - Domaine Danjou-Banessy à Espira de l'Agly : le nez s’ouvre sur des notes d’élevage raffinées mais encore très présentes, l’aération fait apparaître de très beaux arômes de citronnelle et de pamplemousse, la bouche est parfaitement en place avec un équilibre idéal entre gras et acidité, la finale est longue et racée.
(100% carignan gris)

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Pur et élégant Calcinaires est déjà splendide aujourd’hui, élégant et classieux, Truffières qui montre un style très bourguignon aurait eu besoin de quelques années de vieillissement pour se révéler pleinement.
En tous cas, ces deux très belles cuvées confirment l’impression que j’ai ressentie sur place ce printemps : on fait de très grands vins blancs dans cette région !

Pour conclure :

- Provenant d’un domaine phare et d’un domaine qui monte dans le Roussillon, ces vins qui nous ont emmenés en promenade au pied du Mont Canigou, nous ont un peu déroutés ce soir. Les deux blancs vifs et tendus étaient assez loin de ceux qu’on a l’habitude de goûter dans ces contrées ensoleillées, quant aux rouges, certains ont impressionné par leur puissance mais d’autres nous ont littéralement agressé…

- Et pourtant, lors de ma visite in-situ au printemps, je n’ai pas du tout ressenti la même chose…ces vins demanderaient-ils une ambiance particulière pour être appréciés pleinement ?
Pourquoi pas, mais je pense à quelques autres hypothèses explicatives :
1. les rouges sont très difficiles à déguster le soir et en dehors d’un repas, surtout ces cuvées solidement charpentées produites dans les vignobles sudistes (les vins de La Ferme Saint Martin et même ceux du domaine Fayolle ont connu les mêmes difficultés…)
2. ces vins ont été bus bien trop jeunes et sûrement pas assez oxygénés : j’aurai du les passer en carafe dès le matin…mea culpa !
3. le verre utilisé pour la dégustation de ce type de vin est particulièrement important : l’INAO et le Spiegelau « Expert » sont trop petits et le Riedel « Ouverture » n’a peut-être pas la bonne forme…le Spiegelau « Authentis 01 » semblait une fois de plus le plus adapté mais j’en avais cassé un le matin. RRRR !

- Dans cette série « polémique » je relèverai deux cuvées que j’ai vraiment bien appréciées ce soir : en premier lieu, Roboul 2010, fruité et caressant, ce vin qui a un an de plus que les autres est sans conteste le plus en place aujourd’hui, en second choix, Calcinaires blanc 2011, pur, vif et salin...MIAM !

- Pour plus d’infos sur les domaines Gauby et Danjou-Banessy vous pouvez cliquer ICI et LA.