Pour cette rentrée des classes nous avons choisi de garder nos bonnes habitudes en traitant deux thèmes bien différents :

1. Les blancs bourguignons à moins de 20 euros.
2. Les vins de Crozes Hermitage et d’Hermitage du domaine Fayolle.

Les bouteilles pour la première série ont été collectées dans nos caves respectives avec deux contraintes à respecter : des appellations différentes de Puligny et de Meursault et des prix n’excédant pas 20 euros…histoire de voir si par ces temps de crise le français moyen peut encore se faire plaisir du côté de la Bourgogne !
La série rhodanienne  a été constituée à l’occasion de ma visite au domaine Fayolle, première étape de mon périple sudiste du printemps 2013.

Les vins blancs ont été débouchés juste avant la dégustation et transvasés dans des bouteilles neutres pour être servis 2 par 2 à l’aveugle (même pour moi).

Les rouges de la seconde série ont été débouchés le matin et laissés debout en cave bouteille ouverte, les blancs ont été débouchés au moment du service.
Les bouteilles ont été servies 2 par 2, étiquette découverte.

Verres Spiegelau Authentis 01

Soirée Club AOC du 6 septembre 2013 à La Wantzenau

En attendant les convives :

Riesling Nature et Terroir 2010 – Domaine Bohn à Reichsfeld : le nez développe des arômes assez intenses de fruits blancs compotés, de fruits secs et de grillé, en bouche les notes oxydatives prennent le pouvoir en dominant une matière minérale et fruitée pourtant de très belle facture.

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Ce riesling solidement constitué avec sa matière ample et charnue a déçu l’ensemble des convives à cause de son aromatique perturbée par de puissantes notes oxydatives. Goûté et re-goûté plusieurs fois durant la soirée ce vin vinifié sans soufre n’a jamais réussi à me convaincre…le côté « Nature » a écrasé le côté « Terroir ». Dommage !


Thème 1 : peut-on encore boire des bourgognes blancs par temps de crise ?

Aligoté 2007 – Domaine Buisson-Charles à Meursault : le nez développe de discrets arômes de poire et de miel, la bouche très longiligne semble un peu fatiguée, la finale est souple et légère.
Magnatum – Chardonnay Vieilles Vignes 2010 – A. et B. Rion à Vosne Romanée : le nez est assez discret sur les fleurs blanches avec une présence torréfiée un peu trop marquée, en bouche l’élevage semble beaucoup mieux intégré, la matière se pose avec élégance et laisse persister un sillage aromatique épicé/vanillé très séduisant.
Placé dans cette série pour surprendre, l’Aligoté du domaine Buisson-Charles, dont je savais la tendance à se rapprocher du style « Meursault » avec l’âge, a été repéré très facilement par les dégustateurs…mais c’est vrai que le bougre a fait des manières car il ne s’est révélé que le lendemain tel que je l’attendais...Dommage !
Le chardonnay de Rion a interprété avec un peu d’ostentation le style bourguignon mais a quand même largement dominé son partenaire du jour par sa matière plus épanouie et plus expressive.

Bourgogne 2011 – François Carillon à Puligny : le nez est assez intense sur les fruits blancs et la groseille avec une petite touche fumée marquant un élevage subtilement dosé, en bouche l’équilibre est sec mais la matière possède un joli gras qui donne un côté bien velouté au toucher, la finale reste tendue par une puissante acidité.
Hautes Côtes de Nuits 2011 – H. Murat à Concoeur : le nez est discret et bien complexe avec une palette sur les fruits blancs, la noisette grillée et une petite touche fumée, la bouche est charmeuse avec une acidité plus souple et une matière un peu plus légère, de belles notes salines donnent un côté sapide à la finale.
Le bourgogne 2011 est tout à fait représentatif de son appellation mais affirme déjà une vraie empreinte Carillon dans sa conception…encore bien jeune mais étonnante de profondeur et d’équilibre cette cuvée possède un rapport Q/P exceptionnel (12 euros départ domaine).
Issu de pinot blanc à 100%, le HCN d’Hervé Murat à bluffé tout le monde par sa classe et sa gourmandise...une cuvée que j’avais dégustée il y a quelques jours à peine et que je n’ai pas réussi à reconnaître. La honte !

Rully 1°Cru Les Grésigny 2010 – J.F. Protheau à Meursault : le nez est discret et minéral avec des notes de craie et de citron frais, en bouche l’acidité se montre très envahissante mais le gras d’une matière en demi-corps rend l’équilibre en bouche tonique mais dénué d’agressivité, la finale est puissamment minérale.
Saint Aubin 1°Cru Les Murgers des Dents de Chien 2009 – D. Clair à Santenay : le nez est mûr avec des notes grillées assez présentes, la bouche est riche, ample et grasse avec une aromatique intense, la finale est longue, marquée par le camphre et les épices.
Acheté au débotté en G.D., le Rully 1°Cru a été le vin le plus droit de la série mais au bout du compte, l’assemblée lui a octroyé une mention tout à fait honorable…et compte tenu de son prix (9,90 euros) nous lui attribueront de bon cœur un accessit pour son très bon rapport Q/P.
Issu de l’un des plus beaux terroirs de l’appellation, le Saint Aubin m’a un peu déçu car je l’avais très bien goûté au domaine en 2011. Après deux ans de vieillissement ce vin reste d’un abord somme toute assez agréable mais souffre d’un petit excès de chaleur qui perturbe son équilibre.

Saint Aubin 1°Cru En Montceau 2010 – M. Colin à Saint Aubin : vif et précis le nez développe une palette très classique sur le citron frais et la craie, la bouche est bien expressive avec une matière très charnue et une finale longue et tendue.
Saint Aubin 1°Cru Les Combes 2010 – M. Colin à Saint Aubin : le nez ne se montre pas trop à son avantage avec des arômes d’élevage très présents (caoutchouc, vanillé, boisé, grillé…) mais la bouche est superbe d’équilibre et d’énergie, la finale longue et vive délivre des nuances salines très nobles.
Le hasard (les bouteilles ont vraiment été mélangées à l’aveugle) a voulu que les 3 Saint Aubin se sont retrouvés en fin de série et les 2 cuvées vinifiées par Marc Colin dans le dernière doublette…
Finale en apothéose avec deux vins très différents mais d’un niveau qualitatif irréprochable.

 

DSC_0770La série dévoilée

Pour conclure :

- Avec cette série somme toute assez homogène et d’un très beau niveau, la réponse à la question initiale semble évidente : pour peu qu’on se donne la peine de chercher, on arrive à trouver des blancs bourguignons de très belle facture avec des rapports Q/P tout à fait compétitifs.
Pour être honnête, il faut d’ailleurs préciser que les appellations porte-drapeau de Puligny et de Meursault, évincées volontairement de cette sélection, peuvent offrir aujourd’hui encore certaines opportunités pas encore trop ruineuses, à condition bien sûr de fuir les domaines qui ont cédé à l’appel du marché spéculatif…

- Le jeu de la dégustation à l’aveugle nous a permis d’apprécier la qualité des vins sans préjugés tout en essayant de reconnaître certaines appellations (la liste des vins était connue, mais pas l’ordre des bouteilles). A part une certitude sur l’Aligoté et un soupçon appuyé sur le millésime du Saint Aubin 2009, je n’ai rien reconnu, même pas les deux vins que j’avais dégustés, il y a quelques jours seulement…désespérant !
- La paire Carillon – Murat fut la surprise de la soirée : ce « simple » Bourgogne chardonnay et ce Hautes Côtes de Nuits issu de pinot blancs ont très largement séduit l’assemblée…de petits bonheurs pour à peine plus de 10 euros, bravo messieurs !

- Mon coup de cœur reviendra aux cuvées de Marc Colin : deux Saint Aubin en pleine phase de construction mais chez qui on détecte sans peine une interprétation pure et authentique de leurs terroirs.
Très bons ce soirs mais surement grands dans quelques années !

 

Thème 2 : visite gustative autour de la divine colline avec les vins du domaine Fayolle fils et fille.

Crozes Hermitage Sens 2011 : le nez s’ouvre sur des notes métalliques assez disgracieuses avant de laisser s’exprimer de délicates notes de mûre, de réglisse avec une petite touche fumée, en bouche la matière est juteuse avec une texture grenue qui se durcit un peu en finale
(100% syrah – élevage en cuves).
Crozes Hermitage Les Pontaix 2011 : le fruité très fin est encore dominé par des notes d’élevage mais en bouche la matière charnue et volumineuse flatte les papilles par sa rondeur avenante, la finale se tend un peu plus en délivrant ses premières nuances minérales.
(100% syrah – élevage 12 mois en barriques et demi-muids).

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Comme je m’y attendais, l’enchaînement chardonnay-syrah se révèle assez délicat, mais une fois le palais recalibré on entre sans trop de difficulté dans l’esthétique des vins Fayolle. Issus de parcelles en terrasses sur un terroir argilo-calcaire très caillouteux, « Pontaix » possède une matière grenue et concentré mais reste encore un peu marqué par son élevage. Plus simple et plus direct « Sens » se montre juteux et équilibré à souhait


Crozes Hermitage Le Clos des Cornirets 2011 : après une attaque un peu dure sur des notes métalliques, le nez se purifie en développant une palette sur les fruits noirs et la torréfaction, la bouche est dense et soyeuse avec un grain tannique d’une grande finesse et une finale longue, acidulée et finement épicée
(100% syrah – élevage 12 mois en barriques avec 1/3 de bois neufs).
Hermitage Les Dionnières 2011 : le nez s’ouvre sur des notes d’élevage assez élégantes (cacao) avant de laisser s’épanouir de beaux arômes de cerise mûre, de réglisse et de vanille, en bouche la matière est ample, sphérique et veloutée, la finale longue, sapide prolonge une palette complexe et très élégante.
(100% syrah – vinification en cuve bois, élevage 12 mois en barriques de 1 ou 2 vins).

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Complet, complexe, suave et racé l’Hermitage s’impose indiscutablement comme le grand vin de la série. Malgré une olfaction encore un peu perturbée le Clos des Cornirets déploie une matière juteuse et veloutée pleine de charme et d’énergie : cette vieille vigne (60 ans) située sur une veine granitique à côté des Pontaix prouve qu’elle est à même d’engendrer des vins qui peuvent rivaliser avec les certains aristocrates nés du bon côté de la colline…

Crozes Hermitage Sens 2012 : le nez est intense et charmeur sur le citron, le gingembre avec quelques notes d’épices douces, la bouche fraîche et tonique possède une structure très élégante et une finale discrètement épicée.
(60% marsanne + 40% roussanne – élevage en cuves).
Hermitage Les Dionnières 2011 : le nez est ouvert et complexe avec une palette florale et exotique sur un fond finement épicé, en bouche la matière est dodue avec un toucher très gras et une finale longuement aromatique.
(Marsanne essentiellement – vinification et élevage en barriques durant 12 mois)

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Malgré la toute récente série de très beaux crus bourguignons, Sens blanc fut une très belle surprise : expressif et frais il a largement séduit l’assemblée de ce soir. L’Hermitage brille par sa puissance et sa complexité mais suscite quelques réserves sur son équilibre vraiment trop riche…personnellement

Pour conclure :

- La première étape de mon périple sudiste 2013 fut une très belle découverte et j’ai été très content de pouvoir la partager avec les amis du club AOC.

- Malgré le fait que certaines cuvées se soient un peu resserrées depuis ce printemps, la série de rouges nous a régalés avec des vins pleins de chair et d’énergie positive. Bien évidemment, ces syrahs rhodaniennes se montreront encore plus à l’aise à table pour accompagner quelque plat mitonné provençal riche en saveurs.
Les deux vins blancs ont brillamment clôturé la gamme Fayolle : riches et élégants ils ont séduit une assemblée pourtant déjà particulièrement gâtée ce soir…

- Pour le coup de cœur, aucune hésitation : Les Dionnières rouge a marqué les esprits par sa classe incomparable déjà bien affirmée malgré sa jeunesse.
Ceci dit, le Sens blanc avec son étonnante fraîcheur et sa qualité aromatique fut l’une des très belles surprises de la soirée.
Pour être complet, il faut également mettre en avant la sagesse des prix pratiqués : à peine plus de 10 euros pour les vins d’entrée de gamme et autour de 35 pour le magnifique « Hermitage »...à encaver sans modération, bien sur !